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Décès du cardinal Jean-Claude Turcotte (1936-2015)

Publié le : 2015-03-25 a 00h00 | Catégorie : Communiqués

HOMMAGE AU CARDINAL JEAN-CLAUDE TURCOTTE

On connaît tous très bien les aventures d’Astérix le Gaulois, celui qui n’avait qu’à prendre une gorgée de potion magique pour se doter immédiatement d’une force physique incroyable. Et on se souvient que son compagnon Obélix n’avait pas le droit, lui, de s’abreuver à ce merveilleux élixir parce qu’il était tombé dedans quand il était petit… C’est comme ça. Il y en a qui n’ont pas besoin de s’ajouter des attributs spéciaux selon les besoins du moment : ils ont déjà, au fond d’eux-mêmes, cette richesse que d’autres cherchent toute leur vie sans jamais pouvoir se l’approprier.

Vous me voyez venir : Jean-Claude Turcotte est, tout naturellement, l’Obélix de la communication. Il est né avec et il la pratique instinctivement. Si on lui rend hommage aujourd’hui, c’est pour illustrer ce qu’il possède naturellement et que nous connaissons tous depuis longtemps. Et pour le remercier de l’avoir si bien utilisé parmi nous et pour nous.

On peut dire que ce don ne pouvait trouver place dans un meilleur sujet pour sa mission. D’Astérix, si vous me permettez un lien un peu osé mais tout à fait respectueux et opportun, passons à Jésus, le Christ.

Rappelons-nous saint Jean. Après avoir pris bien son temps, après plusieurs années de réflexion sur le message de son ami Jésus, il écrit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu. (…) Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »

Le Verbe, c’est le coeur de la communication. C’est la Parole qui permet d’entrer en relation avec l’autre. Imaginez maintenant que ce Verbe, qui est Dieu, nous dit l’évangéliste, se fait homme pour transmettre son message à l’humanité, aux hommes et aux femmes qu’Il appelle ses frères et ses soeurs : Dieu est notre Père et il nous aime comme ses enfants, dit Jésus. Pour s’assurer que son message soit crédible chez les humains, il s’est fait l’un d’eux.

Pour le prêtre, pour l’évêque, pour l’archevêque ou pour un cardinal, l’incarnation est ainsi devenue le coeur de la communication. Être avec, pour être cru, pour être crédible. Jean-Claude Turcotte l’a compris. Il a vécu parmi nous, comme on dit de Jésus lui?même.

On sait tous que la communication ne s’exprime pas seulement avec des mots : l’agir est aussi important que la parole dans la transmission du message, pour celui qui ne veut pas se contredire.

Les gestes de Jean-Claude Turcotte, son agir, ont accompagné sa parole : d’où sa crédibilité sans tache.

Le devoir de s’incarner dans le monde où l’on vit, Jésus l’a compris et s’y est conformé dans les détails de sa vie. Avec tous ceux qu’il rencontrait, riches ou pauvres, puissants ou dépouillés, avec une préférence pour les démunis. Être avec, ça a parfois été difficile pour l’Église. Aujourd’hui, on verrait Jésus plus souvent à l’accueil Bonneau, au chic restaurant Pop ou à la Maison du Père qu’au Club Mont-Royal réservé aux riches. C’est ce que Jean-Claude Turcotte a compris. C’est d’ailleurs avec les plus petits, les miséreux et les sans-abris qu’il transmettait le plus profondément un message d’espoir.

Ce qui ne signifie pas qu’il était mal à l’aise avec les autres, les chefs d’entreprise ou tous les leaders sociaux de toutes espèces. Il pouvait très bien discuter des matchs des Canadiens avec leur président Ronald Corey pour ensuite l’amener à son comité de financement ou de sa collecte annuelle. D’autant plus qu’il savait s’amuser avec tous ces gens : il riait avec eux, parlait comme eux (sauf pour quelques mots qu’il préférait garder à la sacristie), échangeait sur leurs défis d’affaires et sur leurs enjeux sociaux, les entraînait dans sa mission de partage, se faisant le Verbe offert à tous. Sa communication suscitait un élan de foi et de charité. Une Parole, un appel.

La classe la plus crainte de la société est celle des médias. Pas pour Jean-Claude Turcotte. Sans qu’ils s’en rendent compte, les vedettes des ondes devenaient ses complices. Il semblait se dire : si le Christ a dit qu’il « connaissait bien ses agneaux », Jean-Claude Turcotte va prendre les moyens pour que ses brebis connaissent leur pasteur.

Dans notre monde d’aujourd’hui, qu’on les aime ou les dénonce, les médias sont les premiers agents de culture et de communication. Mais ne les maîtrise pas qui veut : il faut avoir le sens de la communication en soi pour les apprivoiser et transmettre une Parole ecclésiale ou simplement spirituelle à des auditeurs, des téléspectateurs ou des lecteurs distraits, sollicités par bien d’autres choses. La façon d’être avec eux se trouve souvent, obligatoirement, dans la collaboration avec ceux que l’on craint. S’incarner dans le monde oblige à utiliser les outils du monde pour annoncer un Verbe d’un autre monde. Sans prétention comme sans concession.

Mais ce n’est pas assez. Pour communiquer, il faut se trouver sur tous les terrains. Re